Le mangeur, la montagne
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Fascination de la montagne

Montagne, source d'effroi et d'émerveillement

3 - La nature plus souriante de la moyenne montagne

L'ambivalence du regard du voyageur

Dans une même phrase des récits de voyage, dans un même souffle, effroi et admiration, rejet et émerveillement se mêlent. Dans son Voyage aux Pyrénées, Hippolyte Taine imagine une montagne qui autrefois, dans un accès de fièvre, a secoué ses sommets comme une cathédrale qui s'effondre : elle se disloque, chancelle, saigne encore... mais quel grand spectacle et que ces ruines sont belles     !

La fille hâlée du chalet et les folâtres génisses

La moyenne montagne offre une nature moins spectaculaire mais plus souriante.

Décrivant en 1837 les Vosges, Colliguon écrit qu'elles n'offrent « aucune des scènes d'horreur sublime, de magnificence effrayante propres aux Pyrénées et aux Alpes ».    

Voyageant dans une Suisse déjà très touristique au milieu du XIXème siècle, Töpfer est ému par la co-existence d'une nature fertile et d'une nature brut.

Des groupes de touristes s'échelonnent sur la pente du Waegen, contemplant avec un silencieux recueillement l'imposant spectacle de l'Eiger, du Silverhorn. De là, le regard à la fois contemple « la majestueuse grâce et l'imposante grandeur » de la Jungfraü et plonge « dans un abîme stérile et décharné où sous des lits de pierre et de débris d'avalanches courent invisibles et sonores des courants boueux »...

Mais que rencontre-t-on si on détourne son regard de ces inaccessibles domaines pour le rabaisser sur le mont d'alentour ? C'est « la fille hâlée du chalet, qui s'en revient de la source voisine, la tête chargée d'un vase rempli d'eau pure, ou encore de folâtres génisses qui s'agacent de leurs cornes naissantes ».

Et Töpfer d'ajouter :

« Combien alors la grâce enchanteresse de ce contraste cause de plaisir, et que ce frappant assemblage de la nature brute et de la nature fertile qui se trouvent là en contact, des glaces moroses et de l'herbe riante, de la mort et de la vie, encourage à songer. »    

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