Le mangeur, la montagne
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Fascination de la montagne

Montagne sur ordonnance

4 - Le sanatorium, un milieu fermé

L’altitude, l’air pur, l’ensoleillement dont bénéficie la montagne seront reconnu au XIXème siècle, comme une thérapeutique pour soigner une maladie qu’on ne sait pas soigner : la tuberculose alors nommée phtisie. Dès lors, les malades feront de longs séjours en montagne, dans des hôtels jusqu’à ce que le caractère microbien, donc contagieux de la maladie ne soit reconnu, en 1882, à la suite des découvertes de Robert Koch. L’isolement s’impose alors et le premier « sanatorium fermé » est ouvert à Davos, en 1889, par le docteur Karl Turban, qui connaîtra rapidement un grand succès comme en témoigne le manuel du voyageur Baedeker, édition de 1898 : « à l’extrémité S. O. du village, au dessus de la grande route se trouve le sanatorium du Dr. Turban, maison de santé pour les poitrinaires, ouverte toute l’année et presque toujours comble »    . Ils se répandront rapidement d’abord en Suisse et en Allemagne, plus lentement en France. Notamment sur le plateau d’Assy en Haute Savoie, de Hauteville dans l’Ain et des Petites Roches en Isère, développant une architecture hygiéniste et futuriste inédite en zone de montagne.

La vie en sanatorium au début du XXème siècle : repos, promenade et suralimentation

Le malade était astreint à de longues périodes de repos et de silence interrompues par des repas et des collations, car comme le note le Larousse Médical de 1912 : « La tuberculose a besoin d’ajouter à la ration d’entretien, une ration de guérison »    . Il faisait jusqu’à cinq repas par jour au cours desquels lait, beurre et fromages étaient omni présents.

Le sanatorium des pauvres : une discipline stricte

Progressivement, devant la gravité de l’épidémie - 85 000 décès en France en 1920 - aux sanatoriums privés, réservés à une clientèle aisée, vont s’adjoindre des sanatoriums populaires, à la discipline stricte et où hommes et femmes sont  isolés dans des bâtiments séparés, comme celui qui est décrit par Jean Rousselot, dans le « Luxe des pauvres » : « Dernier détail, qui m’avait échappé les premiers jours alors que je n’avait pu prendre une vue d’ensemble des bâtiments, le sana est double. Une mince tranché la divise en deux corps énormes, égaux, soigneusement isolés par des murs couronnés de barbelés qui se prolongent parait-il assez haut dans la montagne »    . Pas étonnant dans ces conditions à ce que le sanatorium, qui avait contribué à l’image d’une montagne au climat sain et vivifiant, devienne  peu à peu un terme péjoratif, et soit perçu plus comme un lieu pathogène, que comme un établissement de soin.
A partir de 1945, la découverte d’antibiotiques anti-tuberculeux, signe la mort programmé des sanatoriums. Leur reconversion ne sera pourtant que très progressive, en 1954, il restait encore 105 140 personnes en traitement dans les sanatoriums, en 1962, 87 940.    

Pendant toute la première partie du XXème siècle, les sanatoriums, monde clos et redoutés, ont paradoxalement popularisé l’image d’une montagne au climat sain et revigorant.

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