Le mangeur, la montagne
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Ici commence la montagne

Les montagnards, ceux d'en haut

1 - Démographie, émigration

« Ceux d’en haut », selon l’expression de Samivel, les montagnards, ont longtemps été présentés comme des populations isolées, du fait de l’absence de voies de communication, voire même arriérées du fait de leur isolement.

Des contacts fréquents entre montagnes et plaines

Pourtant, de tout temps, les contacts entre plaines et montagnes ont été fréquents et nourris :

  • d’abord, parce que la montagne a toujours été un lieu de refuge pour des populations opprimées fuyant l’envahisseur, les guerres, les persécutions religieuses ou ethniques,
  • ensuite, parce que la montagne constitue une frontière naturelle et qu’à ce titre elle a été de tous temps le théâtre d’opérations guerrières mettant en contact des populations d’origines et de cultures différentes,
  • enfin, surtout parce que le montagnard, par nature, a toujours fait preuve de mobilité : transhumance d’été et/ou d’hiver pour exploiter au mieux les ressources naturelles des pâturages, émigration temporaire en raison du chômage de l’hiver, de la pauvreté et de la monotonie de cette longue morte-saison, voire émigration définitive lorsque, en raison de la surpopulation, la montagne n’est plus en mesure de nourrir toute sa population.

Les régions de montagne souffrent de moyens de communication difficiles : en 1860, par exemple, en Savoie, dans l’arrondissement de Moutiers, 42 des 58 communes ne disposaient pas de routes carrossables, tout comme 45 des 68 communes de l’arrondissement de Saint-Jean-de-Maurienne    .

Malgré les difficultés de communication, l’Alpin, comme l’Auvergnat ou le Pyrénéen ou le Franc-Comtois, n’hésite pas à employer sa force de travail ailleurs pour échapper à l’inaction imposée par les rigueurs du climat. Il s’agit le plus souvent d’une émigration temporaire de qualité et non de miséreux, faite d’artisans et de petits commerçants spécialisés, ou encore d’instituteurs, et elle contribue à l’amélioration du niveau de vie en montagne     : de ces activités, le montagnard retire souvent une certaine prospérité, voire une véritable richesse.

« Avez-vous quelquefois rencontré sur les boulevards de Paris ces longues files de petites charrettes basses et légères attelées d’un cheval, chargées d’une caisse ou d’un tonneau et qui, avançant toujours avec la même lenteur, vous arrêtent dix minutes avant que vous puissiez traverser la voie publique ? La patrie des rouliers (voituriers transportant des marchandises au XIXè siècle) qui mènent ces petites voitures, c’est le Grand-Vaux, dans les montagnes auprès des sources de l’Ain. Ils transportent dans toute la France les fromages de leurs montagnes, les vins et autres productions et reviennent au Jura vers le temps où les travaux agricoles exigent leur présence »    .

Mais il s’agit aussi d’une émigration massive : ainsi par exemple, dans les Alpes, dans les années 1880-1890 :

  • le Queyras, dans les Hautes Alpes, perd jusqu’aux deux tiers de ses hommes durant la saison hivernale,
  • les villages de l’Oisans, dans le département de l’Isère, en perdent 80 %    .

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