Le mangeur, la montagne
Le mangeur, la montagne
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Montagne terre d'élevage

D’hier à aujourd’hui : traditions, transitions

2 - Enjeux de la survie des montagnes à lait

Les enjeux sont très clairs : il s’agit de lutter contre la désertification, d’une part pour entretenir les paysages, d’autre part pour maintenir dans des conditions convenables une population d’actifs toute l’année. Une activité qui n’est pas exclusivement laitière mais dont la base reste le lait. D’autant plus que, avec les déplacements réguliers des troupeaux et le passage du camion laitier, la production laitière est celle qui rythme la vie rurale. Quant à son adaptation au milieu montagnard, le constat fait par Arbos en 1922 - « l’altitude se prête mal à toute autre exploitation que celle de l’herbe » - reste valable aujourd’hui.

L’élevage laitier « tient les paysages »

Quand Philippe Arbos prône en 1922 le développement des fruitières, c’est parce qu’il considère que la fruitière permet un meilleur équilibre entre prairie et forêt et que l’élevage bovin laitier est le seul accepté par les forestiers, qui considèrent ovins et caprins comme de véritables ennemis de la forêt.

Un exemple plus récent que propose l’ethnologue Bernadette Lizet dans un numéro de la Revue de Géographie Alpine : elle a étudié l’évolution du paysage de la montagne de Lens dans les Alpes (terroir d’Abondance) à vingt ans de distance et s’est intéressée en particulier à deux espèces proliférantes qui sont considérées aujourd’hui comme « facteurs d’instabilité paysagère et signes d’une perte de contrôle dans le système de gestion de l’herbe ». Il s’agit de :

  • l’épicéa, en langage courant le « sapin »,
  • l’aulne vert, en langage courant les «voroches ».

Ces envahisseurs de l’alpage n’ont pas toujours été redoutés comme ils le sont aujourd’hui, ils constituaient en effet des ressources précieuses au début du XXème siècle – les voroches pour le chauffage et le sapin pour la cuisson du fromage – au point que leur usage était défini par des règles coutumières. En revenant vingt ans après sur la montagne de Lens, Bernadette Lizet constate que la relance du fromage d’abondance par l’AOC a bien eu pour effet de « tenir » le paysage d’Abondance.

Maintenir une population active toute l’année

Quand Philippe Arbos soutient sa thèse au début du XXème siècle, le maintien d’une population montagnarde à une époque où les migrations constituent une vraie préoccupation constitue un enjeu aussi important que celui de la restauration des Alpes dans le cadre de la politique de reboisement-regazonnement.

Autre cas emblématique, celui de l’Aubrac : alors que la petite ville de Laguiole était à la fin du XIXème siècle une petite ville très prospère avec une économie fondée sur le fromage, le couteau, le tourisme et les cures de petit lait, la situation des années 1950 n’est pas brillante : l’industrie du couteau et le tourisme ne sont que des souvenirs, la production de fromage est tombée au plus bas, c’est la fin des estives et la race d’Aubrac est en voie de disparition.
 
Dans les années 1960, l’Aubrac était en voie de désertification. En Aubrac comme ailleurs en montagne en zones rurales, le maintien des activités économiques (élevage, transformation fromagère, commerçants) et des services (l’école, la poste, le médecin, le pharmacien…) est vital pour stabiliser la population locale toute l’année.

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