Le mangeur, la montagne
Le mangeur, la montagne
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Montagne terre d'élevage

L’élevage traditionnel des montagnes et hauts plateaux

1 - Pâturages d’altitude : emmener les troupeaux plus loin ou plus haut

La transhumance : profiter au mieux des ressources en herbe

De trans (au delà) et humus (le pays), la transhumance fait parcourir deux fois par an au troupeau la distance qui sépare un pâturage d’été élevé à un pâturage d’hiver (dans les montagnes méditerranéennes) ou à l’étable (dans les montagnes alpines).

La transhumance a longtemps été le trait le plus caractéristique de l’activité pastorale montagnarde. Il s’agissait de profiter au mieux des ressources de l’étagement et de permettre d’associer activité agricole indispensable pour assurer la survie de populations trop nombreuses et l’élevage. Elle répond en effet à la nécessité économique de libérer les terres des exploitations pour permettre la production de fourrages pour l’hiver, et de libérer de la main d’oeuvre durant la période où les travaux des champs sont particulièrement intenses.

Cette migration saisonnière débute au début du printemps, les troupeaux gagnant progressivement les alpages au fur et à mesure de la fonte des neiges. Après un séjour de trois ou quatre mois en altitude, ils parcourent le chemin inverse, pour passer l’hiver soit à l’étable, dans le système alpin, soit dans des pâturages de plaine régénérés par les pluies automnales, dans le système méditerranéen.

Les troupeaux transhumants parcouraient des distances considérables

Jules Blache, pour la transhumance bovine, notait en 1930 : « Dans les Alpes Suisses, en Valais par exemple, on voit des troupeaux parcourir plus de cinquante kilomètres pour se rendre à l’Alpe, et franchir des cols élevés, voire des névés. Aux monts d’Auvergne arrivent des « vacheries » parties de plus de cent vingt kilomètres parfois »    , beaucoup plus pour les troupeaux ovins, qui pouvaient être déplacés de 400 kilomètres ou plus. Ces migrations existent aussi, mais sur de plus courtes distances,  dans le Jura et aussi dans les Vosges, où le macaire conduit les vaches sur les hautes chaumes.

Quand les bergers faisaient traverser aux vaches la Mer de Glace

La transhumance comportait parfois des passages qui pouvaient s’avérer périlleux et qui n’étaient rendus possibles que par l’ingéniosité des bergers.

Par exemple, la traversée de la Mer de Glace que rapporte Charles Durier : « On conduisait les vaches aux pâturages de la rive droite de la Mer de Glace en les faisant passer par le glacier même. Les personnes qui ont franchi le Mauvais Pas trouveront déjà extraordinaire que les vaches soient capables de gravir et de descendre un tel escalier et voudront savoir comment on s’y prenait pour les mener par le glacier dont le désarroi, en cet endroit, est aussi complet que possible. Le voici : au commencement et à la fin de la saison d’alpage, les pâtres se rendaient au glacier, armés de hachettes et chargés de planches. Ils taillaient une manière de sentier, jetaient des passerelles où besoin était et, le lendemain, chacun tirant sa vache par une corde, la guidait à travers l’effroyable débâcle. »    

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