Le mangeur, la montagne
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Montagne terre d'élevage

L’élevage traditionnel des montagnes et hauts plateaux

2 - Grande montagne et petite montagne : la vie pastorale en Savoie

L’intérêt que les Alpes françaises présentent pour l’étude de la vie pastorale s’accroît de leur variété, écrivait Philippe Arbos dans sa thèse de géographie sur La vie pastorale dans les Alpes françaises, soutenue en 1922 sous la direction de Raoul Blanchard. Philippe Arbos distinguait trois grands genres de vie pastoraux : celui de la Savoie, celui des pré-Alpes méridionales et celui des Alpes provençales.

Le genre de vie savoyard exploitait les pâturages essentiellement en vue de la production de lait par le gros bétail, les migrations des bêtes s’accompagnaient de migrations humaines, les soins aux bêtes et le travail du lait exigeaient une main d’œuvre assez nombreuse.

Dans les alpages, on distinguait deux formes d’exploitation des pâturages :

  • La « grande montagne »
    On y rassemblait les bêtes d’un village en un troupeau unique, gardé par un berger rémunéré, également chargé de la fabrication de fromages en grande quantité, dans un petit nombre d’unité de production en altitude. Avec un grand nombre d’animaux entre les mains d’un petit nombre d’hommes à tâches spécialisée, elle était « une pratique d’exploitation concentrée, industrialisée, dirait-on si le terme ne jurait trop avec l’antiquité de cette pratique ».
  • La « petite montagne »
    Où chaque famille exploitait individuellement son troupeau qu’elle a parfois grossi pour la durée de l’estivage mais qui n’atteint jamais une taille considérable.    

La « grande montagne » produit de préférence des gros fromages de type gruyère – fromages de garde - et la « petite montagne » de petits fromages comme le reblochon ou le vacherin. Les « grandes » et « petites » montagnes pouvaient co-exister.

Combien de vaches en hivernage

Le découvreur du Mont-Blanc, Horace-Bénédict de Saussure, à la fin du XVIIIème siècle, décrit les pratiques agricoles dans la vallée de Chamonix : la moitié des terres est mise en prés, l’autre en champs avec alternance tous les six ans. De cette manière, les agriculteurs recueillent du grain et du foin, ce qui est de la plus grande importance dans un pays de pâturages: « De même qu’on demande dans les villes combien un homme a de rentes, on demande dans les montagnes combien de vaches il peut hiverner : c’est là leur principale richesse. En effet, il sort peu de grain de la vallée; à peine en fournit-elle pour la consommation des habitants; c’est la vente du fromage qui fournit presque seule l’argent nécessaire pour le paiement des impôts et pour l’achat du vin, de l’eau-de-vie et de quelques petits objets de luxe qu’ils font venir du dehors ».

« Les riches paysans des Alpes, explique H.-B. de Saussure, possèdent des prairies et des habitations à différentes hauteurs : ils vivent en hiver au fond de la vallée ; mais ils la quittent dès le printemps et montent graduellement, à mesure que la chaleur fait pousser l’herbe, dans des pâturages plus élevés ; ils redescendent ensuite aux approches de l’automne par les mêmes graduations, et ils passent ainsi l’été d’une manière douce et variée, en jouissant d’un printemps perpétuel. »

La ressource des pâturages communs pour les moins riches

Ces communaux, les pauvres ne peuvent en profiter car, pour en jouir, il faut posséder des vaches et, ce qui est plus difficile encore, il faut avoir de quoi les nourrir en hiver.
« A la vérité, ceux qui ont beaucoup d’activité et d’industrie ramassent et font sécher des feuilles de frênes pour les donner aux vaches pendant l’hiver ; ils vont recueillir du foin dans des prairies inaccessibles aux bestiaux, et par cela même abandonnées ; mais ces petits moyens ne suffisent pas pour qu’un homme qui n’a point de prairie puisse hiverner même une seule vache et profiter ainsi des pâturages communs ; au lieu qu’un homme à son aise, et qui possède des prairies, y envoie cinq, six vaches, et même davantage. L’institution des communaux manque donc à cet égard entièrement son but, puisqu’elle est toute à l’avantage du riche, sans offrir aucune ressource au pauvre. (…) Si l’on trouve trop d’inconvénients à partager tous ces terrains, il semblerait juste que ceux qui en profitent plus que les autres payassent une rétribution modique mais proportionnée, qui se partagerait entre les pauvres de la
paroisse. »    

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